HORS-SERIE. Les mots qui pèsent

N°07.MATERIALISMES.Les mots qui pèsent

Matérialismes N°07. HORS SERIE. Juillet 2014
En soutien à l’association citoyenne du Parti de Gauche-Marne.

Les mots pèsent. Ils nous font baisser les yeux de honte, autant qu’ils forcent nos voix à crier à gorge pleine et en nombre. Honte à notre Président et notre diplomatie qui nomment le massacre du peuple palestinien « des querelles qui nous sont éloignées », (humanité, 22 juillet 2014), là où « les maisons deviennent des cimetières (Le Monde, 22 juillet 2014) ; honte à l’amalgame, déclarée, répétée ,officiellement par notre Etat, à qui ne sait plus l’entendre et le voir dans les images diffusées en continu, entre nos manifestations pacifiques et solidaires envers un peuple meurtri, avec des actes antisémites. Au peuple palestinien, peuple sans droit au droit, nous répondons par notre droit à manifester, inscrit formellement dans notre constitution.

Dans ce contexte, comment ne pas comprendre l’impuissance et la fragilité politique de Abbas et de l’autorité palestinienne, débordés par la violence du Hamas, qui, par les armes, fait figure seule de résistance. « Toute crise à Gaza marginalise Mahmoud Abbas qui se retrouve renvoyé à sa posture de président modéré et à son incapacité à protéger la population » (Le Monde, 21 juillet). Ce qui est en jeu est une guerre de territorialités aux géographies complexes : au sein même de la Cisjordanie entre le pouvoir palestinien et le Hamas ; ses frontières limitrophes, et celles économiques et idéologiques. Le Hamas soutenu par la Turquie et le Qatar. Abbas, inaudible. D’un côté, une recherche politique de Abbas à échelle et territoire national, par sa tournée diplomatique sans influence. De l’autre, le Hamas, qui dès le début a sacrifié la terre et le peuple palestinien, recherche à déporter le conflit à l’échelle internationale. Toute amalgame qui prétendrait importer sur notre territoire, ou tout autre, le conflit israélo-palestinien, fait le jeu du Hamas. Dire comme nous l’entendions « Sarcelles, c’est Gaza » est la pire des erreurs. Si aujourd’hui la politique est débordée par la violence en Palestine, ce n’est pas par l’impuissance même de Abbas, mais par les jeux troubles de la diplomatie internationale qui ne lui laisse, pour négociation d’un cessez-le-feu, des conditions sans aucune mesure avec les nécessités de ce qui doit être fait pour le peuple palestinien. Le seul pays, dans la tournée de Abbas, qui semble l’entendre est l’Egypte, le maréchal Sissi. Ne nous y trompons pas. Non pour le peuple lui-même, contre qui il ferme ses frontières et maintient le blocus, mais contre le Hamas et les frères musulmans. Il ne s’agit pas de diplomatie internationale ou humanitaire mais d’une tactique pour une guerre nationale déportée sur les terres palestiniennes. La question du peuple y reste absente.

Apparaît le décompte des forces en présence dans les stratégies géopolitiques, économiques et idéologiques de chacun. Entre elles, exilé sur son sol, le peuple qui ne voit plus rien « que la lumière des bombes » (Le Monde, 22 juillet). Un décompte dont seul l’internationalisme solidaire des peuples trouve une légitimité et un courage, là où les Etats n’offrent qu’un discours de faux-semblant et demi-mesure. Le temps des armes ne semble pas rappeler au temps de la diplomatie le coût d’une vie civile. L’appel à « cesser immédiatement les hostilités » et à la protection des civils » par le Conseil de Sécurité de l’ONU est un « immédiat » aux jours trop longs, dont le peu de poids ne semble que renforcer l’impunité de l’Etat Israélien, se revendiquant « d’un soutien très fort au sein de la communauté internationale » ; un « immédiat », qui trouve pour réponse militaire « que les combats risquent de durer longtemps » et qu’il n’est en aucun cas le temps d’un cessez-le-feu (L’humanité, 22 juillet 2014). Netanyahu déclarait hier que le Hamas s’étant réfugié dans les hôpitaux, il les attaquerait.

Aux peuples, à la solidarité internationale, d’être une même voix pour en crier l’urgence. Si la politique est débordée par la violence à Gaza, si le temps de la diplomatie est un retard coupable contre ce crime de guerre, à nous de les déborder par nos manifestations pacifiques maintenant. L’immédiat perdu des uns, et la force de notre maintenant. Nos mots pèsent plus que ceux qui font honte.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s