HORS-SERIE. N°09. MOQUAWAMA (« résistance »)

N°09. MOQUAWAMA (« résistance »)

« Quand un Israélien rêve la nuit, il ne rêve pas d’Israël mais de la Palestine.
Tandis que, quand un Palestinien rêve la nuit, il rêve de la Palestine, 
et absolument pas d’Israël »  Elias Sanbar

Ce texte fait le compte des forces en présence dans le conflit israléo-palestinien, par la revue d’articles publiés dans la presse écrite française. Ce troisième Hors-série a été rédigé entre le 24 et 27 juillet 2014.

N°9.MATERIALISMES.Resistance

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La position française continue de nous apparaître condamnable sur deux points.Le premier, sur notre sol, en voulant faire taire la solidarité internationale des peuples, par l’interdiction de certaines de nos manifestations, sous le fallacieux prétexte d’une importation du conflit israélo-palestiniens et des débordements potentiels. Nous dénonçons l’équation provocante « pro-palestinien = antisémite ». Nous ne confondons rien. Nous ne confondons pas le Hamas avec le peuple palestinien. Nous n’exultons pas aux images de ce « commerce des cadavres » israéliens. Nous récusons les cris de haine en France. Nous n’oublions pas, ni ne soutenons la politique de ces âmes qui « vivent dans des pays soumis à des régimes totalitaires, religieux, obscurantistes, sans libertés, parqué jour et nuit dans des mosquées, où on leur apprend à haïr la liberté, les femmes, la vie, les autres » (Le Monde, 26 juillet). La manifestation (autorisée) de mercredi a démontré la nécessité et la possibilité de notre droit et de notre voix de solidarité internationale. Vouloir faire taire, par ce jeu de permission/interdit, cette voix, c’est relativiser le drame historique qui se déroule sous nos yeux, « injustice suprême » que nous jugeons comme « dernière cause coloniale » (Le Monde, 26 juillet). Pour autant, nous questionnons les positions du NPA, manifestant aux côtés de Collectifs soutenant « toutes les résistances et lutte armée » la diplomatie et la négociation n’ayant jamais abouti (Le Monde, 26 juillet). La justesse de la conclusion n’empêche pas une limite idéologiquement franchie. Le risque est de faire de la Palestine, un nom qui renvoie, « dans un imaginaire collectif (…) ni à une géographie ni à une histoire, mais à une frustration collective » (Le Monde, 26 juillet 2014). A ce risque, nous répondons par ces témoignages de manifestants : « Ils parlent de « querelles » qui ne nous concerneraient pas en France… Mais moi, je me sens concernée, car je fais partie de l’humanité. Et n’y a rien de religieux là-dedans » ; « pas besoin d’être arabe ou musulman pour défendre Gaza, il suffit d’être humain » (L’Humanité, 24 juillet 2014). Valls, lui, répond, d’un revers de mains : « C’est un faux problème, le camp de la France est celui de la paix, cela a été toujours la paix. Nous tenons partout le même discours : le cessez-le-feu immédiat, et bien évidemment l’ouverture de corridors humanitaires pour la population civile palestinienne qui vit un drame » (L’Humanité, 25 juillet). On ne peut suspecter ce « même discours » de circonstance plus que de principe, ce « partout » d’un « universel » à géo-politique variable, cette « évidence », qui ne trouve, aujourd’hui, sa justification que par un premier envoi – tardif –  d’une aide humanitaire française. Ce que nous regrettons, c’est que beaucoup garderont en mémoire, les images diffusées en boucle de samedi 26 juillet, celles des débordements parisiens place de la République, plus que celles non supportables, du peuple palestinien déplacé, qui le temps d’une trêve, n’a pu que pleurer leur ville, sans avoir le temps de recueillir les corps ensevelis d’un frère, d’un père, d’un enfant. Ce que nous regrettons, c’est le silence de la nomination jeudi du nouveau président d’Israël : Reuven Rivlin, de l’aile la plus à droite du Likoud, ardeur défenseur de la colonisation, hostile à la création d’un Etat palestinien, dont le discours ne porte aucune ambiguïté.Le second point condamnable est notre diplomatie internationale. Elle double un retard coupable par une rhétorique flottante, son abstention à la résolution de l’ONU en faveur d’une enquête sur les crimes de guerres israéliens au nom, dit-elle « d’un consensus avec les autres pays de l’EU » (L’Humanité, 25 juillet). Cette décision d’une commission d’enquête, dont seule la diplomatie semble douter alors que les preuves sont criantes, ne semble à elle seule suffire. Rappelons que celle de 2008-2009 fut soumise au Conseil de sécurité de l’ONU, pour qu’il décide de la présenter devant la Cour pénale internationale. Le rapport a été bloqué et aucune suite n’a été donnée. » (L’Humanité, 24 juillet).Pendant ce temps, hors temps feutré de la diplomatie, les peuples palestiniens s’expriment.

Le 21 juillet 2014, les palestiniens citoyens d’Israël ont manifesté dans la ville arabe de Nazareth. Pour la plupart, des jeunes qui ne se reconnaissent plus « dans les partis politiques arabes », libérés de la « peur des anciennes générations » dans ce pays « construit sur la paranoïa et la peur de l’autre » ; « des jeunes non politisés ont commencé à venir aux manifestations. La situation socio-économique dans la communauté est catastrophique. Avec cette guerre à Gaza, Israël se crée de nouveaux ennemis » ; « On n’est jamais devenus israéliens car même les Juifs ne veulent pas que l’on soit israéliens. Ils créent une nation juive mais pas une nation israélienne » (Le Monde, 24 juillet). Le principe de ces mouvements est celui de la « moquawama » (« résistance ») et non celui du mouvement islamiste. Pour autant, il dénonce Mamhoud Abbas comme « sous-traitant d’Israël » (Le Monde, 26 juillet).

La Cisjordanie connaît, aussi, ses premiers mouvements de foule et manifestations. Ils ont pour mot d’ordre : absence de signe d’appartenance au Hamas ou au Fatah. Mais ces premiers soulèvements fragilisent l’autorité palestinienne. Ils affirment leur reconnaissance au Hamas, qui, seul, symbolise la résistance contre Israël. Un déséquilibre s’installe, s’organise, brisant un mur de « silence et de la peur », crée par l’autorité palestinienne. Depuis 2006, « Abbas n’a eu qu’un objectif : déconnecter la Cisjordanie de Gaza, museler les opposants, démanteler tous les partis et les associations qui avaient un ancrage dans la population. Nous avons ainsi perdu tous nos relais dans la société civile » (Le Monde, 26 juillet). De fait, en dépit de l’accord de réconciliation entre le Fatah et le Hamas, l’autorité palestinienne n’exerce plus de pouvoir sur Gaza depuis qu’il en a été chassé par la force en 2007. Cette impuissance contraint Mahmoud Amas à se tourner vers la Turquie et le Quatar, « parrains » du mouvement islamiste pour qu’il accepte le cessez-le-feu sous conditions égyptiennes. Cette situation géo-politique, proche de l’impasse, entre l’autorité palestinienne et le Hamas, est en partie orchestrée par Israël, qui œuvre à l’échec de ce processus de réconciliation. Dans un article éclairant, dans Le Monde du 24 juillet 2014, Leila Seurat déconstruit cette stratégie israélienne : « Contourner la question de la création d’un Etat palestinien en encourageant l’édification d’une entité autonome dans la bande de Gaza ».

Aussi « Israël à tout intérêt à voir le mouvement islamique continuer d’administrer seul la bande de Gaza » et ce, par le bénéfice de certains avantages de circulation et d’autonomie ; une auto-administration sous domination israélienne. « En gardant la tête du mouvement islamiste hors de l’eau tout en lui refusant le statut de véritable interlocuteur, Israël semble déterminé à reproduire les erreurs du passé (…) La question semble désormais être celle du statut de cette entité politique en devenir : si la perspective d’une souveraineté authentique paraît bien compromise, elle nous invite d’ores et déjà à repenser la notion d’Etat, dans un contexte régional où cet idéal-type se trouve aujourd’hui largement mis à mal » (Le Monde, 24 juillet).

Pour l’heure, le peuple palestinien de Gaza continue d’être meurtri par l’armée israélienne, que nous accusons de crimes de guerre. Le dernier en date : le bombardement d’une école sous l’égide des Nations Unis, dans laquelle s’étaient réfugiées nombre de familles. Une fois encore, « tous les morts étaient des femmes et des enfants ». A douze reprises, les coordonnées précises de cet abri avaient été formellement fournies à l’armée israélienne. « Nous voulions évacuer car il y avait des combats autour de l’école. Nous avons passé une grande partie de la journée à essayer de négocier une trêve pour permettre aux civils, notamment à notre personnel, de partir. Cela n’a pas été accordé. Les conséquences sont tragiques ». (L’Humanité, 25 juillet). En six jours, trois écoles de l’ONU ont été visées. Selon L’UNICEF, 116 écoles de Gaza, dont 75 de l’UNWRA, ont été endommagées par les tirs israéliens depuis le 8 juillet. (Le Monde, 26 juillet). Une fois encore, l’armée israélienne décline toute responsabilité, accusant le Hamas d’utiliser des civils comme boucliers humains en dissimulant dans des hôpitaux, écoles et mosquées ses dépôts d’armes.

Ce dialogue de sourd, aveuglé et macabre, dénombrerait 1100 civils tués à ce jour. Demain, douterons-nous de devoir manifester ?

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