HORS SERIE. MATERIALISMES. N°15. L’ACCORD DU CAIRE – du 23 au 29 Août 2014.

LIEN PDF : MATERIALISMES. N°15.L’ACCORD DU CAIRE

Dans ce numéro HORS SERIE MATERIALIMES N°15. “L’ACCORD DU CAIRE”, 23-29 Août 2014. Un premier article “L’Accord du Caire” analyse la semaine qui a précédé la cessez-le-feu « permanent », en posant la question : Pourquoi rompre une trêve le 19 août, intensifier les hostilités, pour annoncer une fin des hostilités « permanente », une semaine plus tard ? Comprendre les raisons de ces sept jours de combat et sa conclusion suppose de revenir sur les conditions qui ont mis fin à la première trêve. Puis l’article aborde les contenus de l’Accord du 26 août 2014, et ses conséquences.

Nous publions, avec leur accord, ce second article, de notre série, « Guerre en Orient ou paix en Méditerranée ? ». Publié en août 2006, dans Le Monde. Il est co-signé par le philosophe Etienne Balibar, professeur émérite à l’Université de Paris-X Nanterre, membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine, et Jean-Marc Lévy-Leblond, physicien et directeur de la revue Alliage. La note de bas de page introductive est de notre fait, relue par les auteurs.

« Depuis plus de vingt ans, Juifs et Arabes ont exigé les uns des autres des choses tout à fait inconciliables. Les Arabes n’ont jamais renoncé à l’idée d’un Etat arabe unitaire en Palestine, même s’ils ont parfois, à contrecœur, concédé aux habitants juifs les droits limités des minorités. Les Juifs, à l’exception des révisionnistes, on pendant longtemps refusé de s’exprimer sur leurs objectifs finaux, en partie parce que qu’ils ne connaissaient que trop bien l’attitude intransigeante des Arabes et en partie parce qu’ils avaient une confiance illimitée dans la protection britannique. Le programme de Baltimore en 1942 a officiellement formulé pour la première fois les objectifs politiques des Juifs : un Etat juif unitaire en Palestine avec l’octroi de certains droits des minorités aux Arabes de Palestine qui composaient encore alors la majorité de la population palestinienne. Simultanément, le mouvement sioniste envisageait et débattait ouvertement du transfert des Palestiniens arabes vers des pays voisins. Cette incompatibilité n’est pas non plus une simple affaire de politique. Les Juifs sont convaincus, et ont annoncé à plus d’une reprise, que le monde – ou l’histoire, ou une plus haute instance morale – leur doit la réparation pour tous les maux qu’ils ont subis pendant deux mille ans et plus spécialement une compensation pour la catastrophe qui a frappé les Juifs d’Europe, qui, d’après eux, n’était pas seulement imputable à l’Allemagne nazie, mais mettait en cause l’ensemble du monde civilisé. Les Arabes répliquent pour leur part que deux maux ne forment pas un droit et qu’ « aucun code moral ne peut justifier la persécution d’un peuple pour soulager la persécution dont l’autre est victime ». Le point sensible de cette argumentation est qu’elle ne permet aucune réponse. Les deux exigences sont nationalistes, car elles n’ont de sens que dans le cadre étroit du peuple et de l’histoire propre de chacun, et elles sont légalistes parce qu’elles font abstraction des facteurs concrets de la situation ».
Hannah Arendt, La Paix ou l’armistice au Proche-Orient (1950)
Materialismes. N°15.A3_Page_1