HORS SERIE. N°17. LES PRISONNIERS POLITIQUES PALESTINIENS, du 6 au 12 Septembre 2014.

LIEN : MATERIALISMES. N°17. LES PRISONNIERS POLITIQUES

Dans ce numéro HORS-SERIE MATERIALISMES N°17. « LES PRISONNIERS POLITIQUES », 6 – 12 septembre 2014 : l’article « Les prisonniers politiques » est la reprise de témoignages de palestiniens incarcérés, publiés dans l’édition du mardi 9 septembre de l’Humanité. Au centre de la reprise des négociations prochaines au Caire, nous les avons abordés autour de quatre questions : Qui sont-ils ? Quelles sont leurs formes de résistance active ? Quelles sont leurs revendications ? Que représentent-ils pour le peuple palestinien ? Nous avons accordé une importance particulière au mot «socialisme» tel qu’il est défini par l’un de ces prisonniers politiques.

Dans la seconde partie, nous passons à cette autre prison, « à ciel ouvert », qu’est la bande de Gaza. Nous décrivons les rivalités politiques entre le Hamas et l’Autorité palestinienne qui verrouillent les actions de terrain et risquent de briser l’unité nationale. L’Autorité palestinienne y est menacée par le mouvement islamique et se trouve affaiblie par les pressions d’un « boycottage financier » internationales, si elle verse les salaires aux fonctionnaires du Hamas.

Dans la troisième partie, nous étudions la faiblesse de l’Autorité palestinienne face à la colonisation israélienne en Cisjordanie occupée.

 

 

Plus ou moins obscurément, tout le monde sait que ces deux mots : procès et violence, en cachent un troisième : la brutalité. La brutalité du système. Et le procès fait à la violence c’est cela même qui est la brutalité. Et plus la brutalité sera grande, plus le procès infamant, plus la violence devient impérieuse et nécessaire. Plus la brutalité est cassante, plus la violence qui est vie sera exigeante jusqu’à l’héroïsme. Voici une phrase d’Andreas : « La violence est un potentiel économique. » Quand la violence est définie ou décrite comme plus haut, il faut dire ce qu’est la brutalité : le geste ou la gesticulation théâtrales qui mettent fin à la liberté, et cela sans autre raison que la volonté de nier ou d’interrompre un accomplissement libre.
Le geste brutal est le geste qui casse un acte libre. (…)
En faisant cette distinction entre violence et brutalité, il ne s’agit pas de remplacer un mot par un autre en laissant à la phrase sa fonction accusatrice à l’égard des hommes qui emploient la violence. Il s’agit plutôt de rectifier un jugement quotidien et de ne pas permettre aux pouvoirs de disposer à leur gré, pour leur confort, du vocabulaire, comme ils l’ont fait, le font encore avec le mot brutalité.
Evidemment une chance est possible : que la brutalité, par son excès même, se détruise, ou plutôt, non qu’elle change de fin — par définition elle n’en a pas — mais en arrive à s’effacer, à s’anéantir à long terme, devant la violence. La colonisation du tiers monde ne fut qu’une série de brutalités, très nombreuses et très longues, sans autre but que celui, plutôt atrophié, de servir la stratégie des pays colonialistes et l’enrichissement des sociétés d’investissements aux colonies. Il en résulta donc une misère, un désespoir qui ne pouvaient que nourrir une violence libératrice.
Jean GENET, Préface, Textes des prisonniers de la « fraction armée rouge » et dernières lettres d’Ulrike Meinhof, 1977, Cahiers libre 337, Maspero.
 Materialismes. N°17