N°35. SUPPLÉMENT. PIERRE DARDOT, LE COMMUNISME N’EST PAS UNE HYPOTHÈSE, 18 janvier 2015

LIEN : N°35.SUPPLEMENT, P. DARDOT, LE COMMUNISME N’EST PAS UNE HYPOTHÈSE

Que nous nommons « moments », dans « moments communistes » ? C’est notre difficulté. Elle pose la question de la temporalité de la politique. Par là, définit la politique elle-même. Excluons déjà ce que « moments » ne dit pas. « Moments » ne dit pas : ce qui a été ou pourrait être, aurait pu ne pas être, sans avoir su ou pu durer dans le temps. Il n’est pas l’échec de l’épreuve de la durée. S’il pose le problème du devenir, « moments »  n’implique pas le vide de son entre-deux où il y aurait des moments politiques et toute la durée de ce qui n’en serait pas. « Moments »  ne dit pas l’archive des luttes, où il y aurait certains moments faisant date. Si tels pourraient en être la lecture et le symptôme, il nous faudra penser contre. Penser ce qui l’occasionne, ce pluriel que nous lui accordons. Le penser sous conjoncture.

De même, s’il y a des « moments communistes », qui les nomme en ce terme de « communistes » ? Supposent-ils un seuil dans le décompte des luttes, un décompte réfléchi et conscient ? ou encore, si les « moments » sont à durée variable, est-ce que leur espace de lutte ont la même complexité d’échelle ? Comment articuler la force collective anonyme et les singularités subjectives ? Qu’est-ce que tout cela dit du « communisme » ? Nous pensons que nous ne pouvons parler des « moments communistes » que sous la condition de l’institution comme détermination de leurs temporalités propres, plus que la forme parti, comme garant et loi de ce temps. Mais si la politique, comme « communisme », est un champ problématique, penser sa temporalité est vouloir savoir si ces moments sont « rares », – soit comme la « vérification d’une supposition », qui ferait de la politique une « occasion » contingente « et locale » (Rancière), soit comme « validation d’une hypothèse » (Badiou), ou si ces moments sont « précaires » (Balibar), ce qui est tout autre chose, et même l’inverse.

Il y a là un nœud de problèmes qu’il nous faut clarifier par confrontations et mises à l’épreuve (théorique, historique et pratique). Ce supplément en est la première proposition. Elle reprend, avec l’accord de l’auteur, une intervention de Pierre Dardot de 2010, qui trouvera sa formulation aiguisée dans le chapitre 2 du Commun. Elle se positionne contre les présupposés, les articulations de sens et les conséquences du communisme comme « hypothèse » de Alain Badiou. Nous en mesurons cette conséquence militante sur le communisme historique d’Etat, ce qu’il a été et ce que l’on ne peut pas lui faire dire : « Aucun faux-fuyant ne doit nous détourner de cette nécessaire confrontation, surtout pas l’analogie spécieuse qui consiste à faire du communisme une « hypothèse », à la manière d’une conjoncture mathématique appelant des essais de démonstration (…) de sorte que l’échec de la démonstration de l’hypothèse serait encore un moment de justification de l’hypothèse » (Commun, p. 79). Pour relance, nous renvoyons aussi à l’article consultable en ligne de Daniel Bensaïd : Un communisme hypothétique — A propos de « L’hypothèse communiste » d’Alain Badiou.

 

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