N°10. LUTTONS.org, 13 décembre 2015

PDF :  N°10.LUTTONS.org, 13 décembre 2015

Nous publions des extraits de l’entretien avec le sociologue Sylvain Laurens et la revue en ligne Contretemps. Dans son étude, Les courtiers du capitalisme, l’auteur nous décrit la fabrique politique de l’Europe depuis ce qu’il nomme l’« accumulation primitive d’un capital bureaucratique ». Son analyse historico-sociologique de l’administration de la Commission permet de comprendre l’émergence d’un système de relations sociales dans un huis clos administratif qui « maintient structurellement et durablement à l’écart des décisions politique une large part des citoyens », en donnant « une primauté à l’expertise technique produite derrière un paravent administratif sur des sujets politiques » . Comme le souligne l’entretien, l’administration n’est donc pas qu’un « outil » aux mains de dirigeants politiques. « Elle a une relative autonomie de fonctionnement (…). Cette masse critique de 30 000 agents n’est pas qu’un étage de la superstructure, elle est une couche sociale inscrite dans la lutte des classes du côté du capital. Elle joue son propre rôle historique ».

La lecture de son étude, accompagnée de cet entretien, importe pour tout débat à gauche sur la question d’un rapport de force et la sortie de l’Euro, de la relative fermeture du champs des possibles sous condition de l’échelle mobile des espaces stratégiques. Il nous rappelle que « vouloir la sortie de l’euro au nom de la souveraineté politique ou l’obtenir au terme d’un mouvement populaire victorieux ne semble pas du tout renvoyer aux mêmes logiques ». Une lecture déterminante des implications politiques de ce travail est alors de désigner les éléments à intégrer à notre réflexion politique  : celui de ne « pas faire comme si gagner des élections et investir le Parlement européen suffirait à casser l’assemblage entre les milieux d’affaires et la Commission » ; celui de ne pas « ignorer non plus qu’une bonne partie des luttes politiques se jouent désormais sur le terrain de l’administratif, du technique et de la science » impliquant « qu’on réintroduise dans l’analyse le rôle joué par les bureaucraties en prenant au sérieux leur poids politique. Pas seulement en les regardant comme un outil dont il suffirait de se saisir mais en prenant en compte les multiples façons à travers lesquelles elles pèsent sur le jeu social en organisant les marchés, en définissant les contours juridiques des rapports de production mais aussi en opposant leur propre poids aux initiatives politiques dynamiques ». Enfin, celui de ne pas oublier qu’ « une sortie de l’euro n’annihilerait pas du jour au lendemain la structure administrative qui a poussé à la création de l’euro. Un mouvement politique victorieux aurait toujours face à lui cette structure-là : la sortie de l’euro se ferait avec, en contrepoint, le poids permanent de cet assemblage technocratique et un projet de libre-échange transatlantique accéléré. »

D’où la nécessité de construire un autre rapport de force qui doit apprendre à exploiter ce point tactique que l’a Commission est et reste « une administration mais certainement pas un Etat. » Si « elle pèse sur le jeu économique et les gouvernements », elle « n’a qu’une capacité d’intégration des populations au second degré. (…) C’est là un point majeur qui la différencie très fortement d’un Etat classique. L’incapacité de cette structure administrative à intégrer autre chose que des élites polyglottes est ce qui constitue non pas une fragilité (je n’irai pas jusque là au vu de la réalité des rapports de force) mais une incomplétude dont une bonne part des administrations nationales et des fonctionnaires de la Commission eux-mêmes ne se satisfont pas ».

Cet entretien peut être lu dans son intégralité sur le site de Contretemps, ainsi qu’un extrait de son livre.

 

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