N°21. P. CAUMIÈRES, LA DÉMOCRATIE : UN PROJET RÉVOLUTIONNAIRE ?, 3 janvier 2018


à lire/télécharger en format PDF :
N°21. P. CAUMIÈRES, LA DÉMOCRATIE : UN PROJET RÉVOLUTIONNAIRE ? Penser l’autonomie avec Castoriadis, 3 janvier 2018


source : site de la revue Contretemps.

« L’objectif de la politique n’est pas le bonheur, c’est la liberté. »(C. Castoriadis, Les carrefours du labyrinthe, tome 4, p. 226)

On imagine aisément l’étonnement de certains à la lecture du titre de notre article, qui pourrait passer à leurs yeux pour pure provocation. Comment admettre en effet l’idée, même mise en interrogation, selon laquelle la démocratie aurait parti lié avec un projet révolutionnaire ? La démocratie ne s’est-elle pas imposée, sinon en fait du moins en droit, comme la seule organisation sociale souhaitable pour une société moderne, c’est-à-dire une société qui a cessé d’admettre l’existence d’une hiérarchie naturelle pour reconnaître le principe de l’égalité des conditions ? C’est ainsi qu’elle semble devenue comme l’horizon indépassable de notre temps. En ce sens, M. Fukuyama aurait raison de persister dans son diagnostic de la fin de l’histoire. Mais pourquoi alors ce malaise face à une telle analyse, qui pousse à la dénoncer comme l’expression de l’idéologie dominante que l’on entend combattre au nom de la démocratie justement ? Faut-il voir, comme certains, un relent de romantisme chez ceux qui refusent l’idée de la fin de l’histoire, la persistance d’une vision adolescente ? Ou bien y a-t-il tout simplement incompréhension sur les termes ?

Si l’étymologie n’explique pas tout, du moins permet-elle des clarifications salutaires. Elle nous rappelle ainsi que la démocratie est le pouvoir du dêmos, c’est-à-dire de la collectivité, ce qui rend quand même difficilement compte du fonctionnement réel des sociétés modernes qu’on serait mieux inspiré de nommer oligarchies libérales[1]. Il est vrai que ces sociétés se structurent sur des principes juridiques garantissant certaines libertés aux individus qui les composent.

Mais est-ce pour autant que ces mêmes individus ont, comme on pourrait l’espérer, un contrôle effectif sur leur existence ? Reconnaître que non, c’est admettre qu’il y a quelque bonne raison à dire que la démocratie, entendue dans sa pleine acception de pouvoir du peuple, est proprement révolutionnaire. Et ce, au double sens du mot. Elle représente « une transformation profonde des structures sociales »[2], ainsi que des mentalités, une rupture donc, laquelle suppose bien que les hommes puisent dans leur tradition, fassent en quelque façon retour sur les mouvements de contestation menés par leurs aînés. Précisons tout de suite que, parlant de révolution, nous ne pensons évidemment en aucune façon à la violence avec laquelle on l’associe souvent ; la subversion de l’ordre institué ne signifiant nullement « fusillade et effusion de sang », comme dit Castoriadis[3]. C’est du reste en suivant les idées développées par ce dernier que nous voudrions montrer en quoi la démocratie peut être comprise comme l’incarnation de ce qu’il appelle projet d’autonomie, autre nom du projet révolutionnaire.

(…)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s